Blog politique : Garcimore
Ces élections régionales m'ont donné des envies de Bio. Rien à voir avec le bon coup électoral d'Europe Ecologie, qui depuis les européennes ne cesse d'accroître son poids politique.
Je ne tombe pas non plus dans une nostalgie du retour à la terre, qu'un George Frêche et son anti parisianisme primaire (si si ça existe) ne renierait pas. Je ne suis même pas emporté par ce parfum bobo qui parcours la capitale en ces premiers jours du printemps.
Depuis quelques mois, je dirais même depuis l'arrivée des conseillers spéciaux de l'Elysée, la parole politique déjà soupçonnée de contribuer à la déforestation, de par sa fabrication intensive de langues en bois, paraît aujourd'hui particulièrement artificielle.
Ceci étant dit, je ne sais s'il s'agit de ma part d'une sensibilité accrue à la menuiserie politique, accentuée par une presse satirique plus prompte à en parler (je pense en particulier au petit journal de Yann Barthès et à ses reprises des discours politique), ou si l'artifice a réellement pris le pas sur le fond dans la com politique sous l'influence de messieurs Louvrier, Guéant et autres.
Ce que je sais en revanche, c'est qu'en regardant les différentes soirées électorales des deux tours, les débats d'entre deux tours et plus largement les interventions politiques ces derniers temps, il m'a semblé assister à un phénomène étrange. A droite comme à gauche les intervenants étaient pris d'un mal curieux, celui dit de « l'élément de langage ».
On s'intéresse beaucoup avec l'accroissement de la conscience écologique mondiale, aux conséquences sur notre métabolisme et sur notre environnement des techniques de production de éléments de base de notre alimentation. OGM, engrais chimiques, pesticides... autant d'artifices qui assurent une meilleure productivité, mais dont les implications à long terme sont encore mal connues. Le développement de maladies comme la vache folle et autres grippes aviaires, touchant d'abord la matière première (animale ou végétale) puis l'homme pousse nos sociétés à s'interroger sur les dangers de ces technologies.
Je sens que vous commencez à voir où je veux en venir! Poursuivons si vous le voulez bien.
J'ai cité messieurs Louvrier, Guéant et autres conseillers de l'Elysée plus haut, mais ça serait faire insulte à la gauche que
d'imputer uniquement au parti présidentiel le recours outrancier à ces artifices dialectiques.
Comme les marketeurs offrent une nouvelle vie à un produit en refaisant son packaging et en l'estampillant
« nouveau », le PS nous a ressorti la gauche plurielle, en habits de gauche solidaire. De même, sur toutes les antennes, les élus socialistes nous ont servis la même soupe en brique: un
scrutin à portée nationale, un signal fort envoyé au président de la République, un vote sanction, un message des Français mécontents etc etc etc.
A droite, même cirque: avec la précision et la discipline des chœurs de l'armée Rouge, les élus UMP nous ont servi eux aussi leur cantine : métaphore ridicule du match de foot, régionalisation du scrutin, le PS qui déchirerait son programme pour s'allier à Europe Ecologie et au Front de Gauche, etc.
Nous avons assisté cette semaine à l'émergence d'une nouvelle espèce végétale, conçue de toutes pièces dans les labo-cabinets:
la langue de bois, génétiquement modifiée. Encore plus efficace que la langue de bois traditionnelle, son bois possède un génome unique, inaltérable, qui résiste aux questions parasites des
journalistes, aux bouleversements de l'environnement (forte abstention, défaite cinglante, montée du FN etc.), en débitant toujours le même discours à l'infini. Un vrai progrès de mes pères
communicants. Il en devient même simple de connaître à l'avance le discours proposé. En témoigne cet excellent article sur Slate.fr, où l'auteur ayant parfaitement
décrypté le génome de cet OGM du discours politique, nous donne un aperçu très précis de la teneur des débats à l'annonce des résultats. Et comme pour les OGM, les pesticides et tous les autres
artifices de la technologie, des questions se posent quant aux effets à long terme sur l'homme et son environnement. L'abstention cette fois encore, a joué les troubles fête! C'est presque un
marronnier pour la presse. Loi d'airain de la sociologie électorale, crise de la représentativité latente, crise économique, discours sécuritaire et tutti quanti, donnent une montée des extrêmes
et de l'abstentionnisme.
Aux mêmes causes, les mêmes conséquences. Et pourtant durant cette campagne, nos candidats, en particulier venant de l'UMP, se sont appliqués à reprendre et ressasser sans cesse les éléments de langage dictés par leur hiérarchie à l'Elysée ou à Solférino.
Et des journalistes de décortiquer, d'analyser, d'expliquer la surabondance de ces éléments de langage. Le problème, c'est que
cet excès d'éléments de langage, conduit à l'intoxication des électeurs qui digèrent de plus en plus mal les discours politiques. Déjà désintéressés par une politique qu'ils jugent déconnectée de
leur réalité et simplement le lieu des bisbilles entre politiciens aux ambitions démesurées, les citoyens se trouve confortés dans leur méfiance.
Le danger pour notre démocratie et pour nous communicants, c'est que cette « industrialisation » et cet usage intensif des artifices dialectiques, ne polluent totalement la relation
entre politiques et citoyens. A ce stade, la parole politique se verra décrédibilisée, avec le risque de voir émerger des apôtres du parler vrai, versant le plus souvent dans la démagogie et le
populisme... En ce qui nous concerne, nous communicants opérant dans la politique, nous avons une responsabilité dans ce phénomène. Nous risquons en outre de voir notre profession discréditée et
de participer non pas au lien et à la compréhension entre élus et citoyens (ce qui pour ma part est tout l'intérêt de notre métier) mais au contraire, au sentiment de nos concitoyens de ne pas
êtres représentés par leurs élus.
D'une communication artisanale, diffusant un message brut à cette communication « industrielle », travaillée à outrance, il existe une marge au sein de laquelle peuvent opérer les professionnels de la communication. Loin des éléments de langage, rappelant une propagande à la Orwell, loin de ce discours politique uniformisé à outrance, de cette langue de bois génétiquement modifiée, peut-être les communicants à l'Elysée et dans les partis politiques devraient retrouver une communication BIO, moins artificielle, moins uniforme, laissant la place aux aspérités de chacun de ses relais. Ainsi peut être les politiques gagneraient-ils en sincérité et en confiance aux yeux de leurs électeurs.
L’affaire du jour ? L’expérience réalisée par Quick, de proposer des sandwiches « Hallal » dans 8 de ces magasins, afin d’en tester la pertinence commerciale. Il s’agit donc purement et simplement d’un coup de marketing, une tentative pour Quick de gagner des parts, sur le marché du « Hallal » florissant ces derniers mois ! Mais en France, il suffit de prononcer quelque mot à consonance arabe pour faire trembler dans les chaumières.
Que le FN, en la personne de Marine Le Pen fasse sont travail d’agitateur de xénophobie, de démagogie et autre talents de l’extrême droite, soit. C’est leur créneau, on sait qui ils sont et depuis le 21 avril, on pourrait être presque sûrs de l’impossibilité de voir un jour ces gens au pouvoir.
Ce que nous révèlent le débat sur l’identité nationale et suites, c’est que la claque du 21 avril n’en était pas une. On a crié au vote irresponsable des ouvriers, on a disserté sur le dangereux populisme du FN (voire notamment les excellents travaux d’Annie Collovald : le populisme du FN, un dangereux contresens), on a s’est rassuré en se disant que c’était une question de conjoncture… mauvaise campagne de Jospin, crise semble-t-il indépassable de la représentativité etc.
Aux yeux du monde, à ses propres yeux, le pays des droits de l’homme, celui de la Résistance au Nazisme, se révélait être aussi celui de la collaboration, traversé par un courant interne, caché, discret, presque étouffé de xénophobie. Notre sur-moi collectif s’était fissuré et avait laissé filtré un peu de notre çà, un peu de notre inconscient … et c’était pas beau à voir. Alors à gauche comme à droite, citoyens de tous bords, nous nous sommes dressés pour dire au monde et à nous-mêmes que cette France là, ce n’était pas nous. Chacun y est allé de son grand discours, de son analyse, tout ça pour se convaincre que ce n’était qu’un accident de parcours, une erreur de jeunesse. Et depuis on a fait comme si cela n’avait jamais existé. Bon de temps en temps, pour éviter que l’on cède sous nos pulsions, chacun y allait de son cliché, des ses préjugés sur telle ou telle population. Dans la presse, à la télé, chez nos politiques… rien de bien méchant. Un Valls qui veut voir moins de Black à l’écran, Nelson Monfort et ses « maladresses » habituelles, qui font sourire, Hortefeu et ses Auvergnats, j’en passe et des meilleures. Autant de soupapes de sécurité, pour évacuer nos pulsions, sous forme de racisme ordinaire, de xénophobie mondaine. Dans ces cas, c’est de l’humour, une petite boutade, « mais qu’est-ce que vous être susceptibles vous les (n’importe quelle minorité fait l’affaire)… Et puis le souvenir de la Shoa n’étant jamais bien loin, on s’interdit de taper sur les Juifs… mais on ne manque pas de minorités ! Heureusement !
Et puis, il y a eu d’abord le ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Première étape de légitimation du lien entre immigration et identité nationale. Premier sous entendu que l’immigration serait une menace pour notre identité. Ces vagues d’immigrés, d’étrangers, de métèques qui viennent saper les fondements de notre belle nation. Dans un contexte de mondialisation, où les attaques du modèle culturel et économique dominant nous poussent au repli sur soi, on voit refleurir en partout en Europe les partis d’extrême droite. En parallèle, les conséquences du 11 septembre et la méfiance épidermique des nations occidentales envers l’Islam qui en découle sont encore très présentes dans nos sociétés. L’Islam a cristallisé depuis les attentats, la peur ancestrale du métèque en France, muant ainsi notre xénophobie traditionnelle en islamophobie conjoncturelle. Comme l’antisémitisme avait été l’expression de cette xénophobie aux heures sombres de notre histoire.
Il ne fallait rien de plus pour que le débat sur l’identité nationale de Mr Besson donne les résultats que nous connaissons.
L’affaire Quick, puisque c’est ce qui m’a amené à écrire cet article, témoigne de cette islamophobie, parent pauvre de la xénophobie. Il n’y a rien ici qui témoigne d’une quelconque menace contre notre identité. Sinon l’acceptation de l’Islam comme deuxième religion en France. Le plus fascinant, c’est que c’est l’économie, le marché qui porte peut être une forme d’intégration de la culture musulmane dans notre société.
On se pare de grandes valeurs pour maquiller la réalité. Quelque en soient les raisons (calcul politique, adhésion à ces thèses xénophobes, populisme ou démagogie, peut être même le tout en même temps), il est inquiétant de voir que nos représentants, que ceux qui portent la voix du peuple mais qui doivent aussi l’éclairer au nom de l’intérêt général, il est inquiétant de voir que ces élus de la République véhiculent et défendent ces idées. Ou pire, luttent mollement contre cette montée nationale, européenne, du racisme et de la xénophobie.
Il semble alors que Marianne ait prit goût à la chair de la bête immonde (qui monte qui monte…) pas étonnant qu’elle ait l’haleine nauséabonde…
Ha avant de partir, je vous invite à lire l'excellent éditorial du directeur de la
Rédaction du Nouvel Obs, Claude Weill.
Les dieux de l’agenda médiatique sont avec moi ! Pour mon premier article sur le blog, j’ai le fin du fin : « Paroles de Français », émission animée par notre JP Pernaut national, loin de ses régions et du terroir, qui donne dans l’émission politique. L’invité ? Nicolas Sarkozy. Rien de moins. D’abord interviewé par Laurence Ferrari, dans le JT de 20h, le président enchaine avec une émission de près de deux heures, où il est face à 11 Français.
Onze Français… ça tombe bien ! Non, c’est vrai. C’eût été embêtant que le Président ait à répondre des problèmes de la France devant onze étrangers. Non onze Français pour interroger le Président, ça tombe vachement bien ! Alors les mauvaises langues diront que Français en soit, ça ne constitue pas une catégorie. Mais Onze représentants de la société civile, concernés par les problématiques de la société et issus (le hasard fait bien les choses) de chacun des débats qu’on voit dans les journaux, (un panel vivant des unes de ces derniers mois : l’étudiante surdiplômée au chômage ; le syndicaliste grande gueule, le papy retraité et émouvant qui galère, le prof, le noir des banlieues, l’infirmière qui aime son boulot même si elle galère…), c’est plus clair mais tout de suite moins vendeur.
Non 11 Français face au président de la République ça sonne quand même mieux. On se dit « haaa 11 qui vont au nom des 65 millions d’autres –j’arrondis- pouvoir dire au Président ses 4 vérités. » Ou le remercier pour son action. Du moins pour les 30% chez qui il bénéficie d’une opinion positive. « Paroles de Français », onze en fait (souvenez-vous !) : un lieu d’expression des Français qui vont pouvoir débattre, assaillir de question Nicolas Sarkozy, le pousser dans ses retranchements, le mettre face aux contradictions des effets voulus de sa politique et de la réalité vécue au quotidien. Hé non ! Notre équipe de France sous le regard bienveillant de Jean-Pierre Domenech Pernaut, nous a fait le coup du « on était bien préparés, on savait quoi faire, mais on est passé à côté du match » (voir leurs réactions ici : http://videos.tf1.fr/infos/2010/sarkozy-apres-l-emission-les-invites-racontent-5655502.html)
L’émission en elle-même n’a pas su éviter les pièges que l’exercice posait : des invités disciplinés, intimidés, plus dans l’exposition de leurs problèmes personnels que dans la discussion et au final un Président dans son élément, l’idéal pour se mettre en valeur. Et parce qu’il faut prendre un peu de hauteur, on peut aussi s’interroger sur le but (réel ?) de cette émission à quelques jours de l’ouverture de la campagne des régionales. Surtout avec un Sarkozy qui tape à bras raccourcis sur les 35H. Appétissant n’est-ce pas ? Alors à table !
A ce que j’ai vu dans cette émission, faut croire qu’ils ont raison. Autosatisfaction, proximité feinte ou sincère (selon si l’on appartient aux organisateurs ou à la police…), ultra-personnalisation de l’action politique, valeurs de la campagne de 2007 et la sempiternelle charge contre les 35h. Tout y était.
La mise en scène du message m’intéressant plus dans le cadre de ce blog, que son contenu, je ne vais pas m’appesantir sur le programme politique exposé par Nicolas Sarkozy. En outre, nous avons assisté à une pièce burlesque, dont la mise en scène était tellement brillante qu’elle a éclipsé le texte et les seconds rôles.
Pendant ces deux heures, le président nous a expliqué trois choses : ma politique est la bonne, je ne suis pas si différent de vous et vos problèmes m’affectent intimement, et puis de toute manière… tout ça c’est de la faute des 35h !
L’émission commence avec un grand moment de bravoure de Pernaut : « est-ce que quand on est Président, on peut être encore proche des réalités quotidiennes ? » Là le Président à le sourire de l’étudiant en fac, qui tombe sur LE sujet qu’il a révisé à l’examen.
S’en suit un petit plaidoyer sur la difficulté du métier de Président de la République Française, sur l’air de « je suis un homme ordinaire placé dans une situation extraordinaire, je suis comme vous ». Si ce n’étaient les gardes du corps, vous ne verriez même pas la différence. D’ailleurs, Président, tout le monde peut le faire ! Si, si, il sous entend même dans un élan de fausse modestie presque cynique, qu’il pourrait apprendre à traire les vaches et la laitière elle, quitter ses vaches pour l’Elysée… Mais si bien sûr que c’est possible ! Puisque le Président c’est un type comme les autres, il vous l’a dit !
Il pousse le « je suis comme tout le monde » jusqu'à cette séquence désopilante où il confesse que face au comportement des banques durant la crise, lui-même est désespéré. C’est le tout petit père des peuples face aux méchants financiers, dont la cupidité le désespère, alors qu’il leur avait fait la morale. Nicolas Sarkozy, au pays de Candy…
Quid des ministres, conseillers, commissions parlementaires… « Ministres vous dites ? Mais qu’est ce que c’est ? » C’est Nicolas Sarkozy qui s’engage, qui se bat, qui s’insurge, qui ne renoncera pas, qui assume (les mots sont de lui, matraqués durant toute l’émission). « Je ne laisserais pas mourir l’agriculture Française », « Moi je veux qu’on garde des usines en France », « Je demande vraiment aux banques Françaises de faire leur travail (…) et c’est pas de jouer avec des produits financiers ».
Même si les Français ne me comprennent pas, moi je ne les abandonnerais pas ! En plus d’un homme providentiel, je suis un martyr incompris… Il est vraiment bon.
L’intérêt de la mise en avant de sa personne me semble être lié en partie aux régionales prochaines. En cristallisant l’action de son gouvernement, de son parti, sur sa propre personne, il dédouane en quelque sorte ceux de la majorité de son bilan. Vu sa côte de popularité, il ne faudrait pas que les régionales tournent au vote de confiance… Les problèmes généraux sont de sa responsabilité et il prend ses distances avec la majorité. S’il faut en vouloir à quelqu’un c’est à lui ! (bon si ça marche ça sera aussi grâce à lui… faut bien qu’il gagne quelque part !).
A la réécoute de l’émission, l’idée qu’il s’agissait plus du Sarkozy en campagne que du Président, se fait de plus en plus prégnante. Il nous a ressorti en effet, le kit de campagne option valeurs et argumentation. Nous avons donc vu le retour triomphal du travailler plus pour gagner plus, le coup de la France qui ne travaille pas assez, la lutte contre l’assistanat et surtout les 35h responsables de tous les maux du monde. Le Sarkozy en campagne en somme.
Alors je me suis demandé : « mais pourquoi il tape à bras raccourcis sur les 35h ? Elle n’était pas si mal l’idée d’Aubry… » Aubry, Aubry… ça me dit quelque chose… ha ! Mais c’est la secrétaire générale du PS. Les régionales sont proches, la côte de popularité du président est au plus bas, la droite elle-même (dans la bouche de Luc Ferry notamment ) va se prendre une tôle !
Mais il l’a dit lui-même, le rôle d’un Président de la République n’est pas de s’engager dans la bataille des régionales, encore moins de dézinguer le chef de ceux en face…
Derniers Commentaires