Mardi 23 mars 2010 2 23 /03 /Mars /2010 01:33

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Une fois n'est pas coutume, je vais me faire le défenseur du BIO! Oui le Bio, vous savez, ce label qui indique que le produit qu'on vous offre répond à un certain nombre de normes: pas de pesticides, méthodes naturelles de production, manufacture dans le respect de la nature du produit etc.

Ces élections régionales m'ont donné des envies de Bio. Rien à voir avec le bon coup électoral d'Europe Ecologie, qui depuis les européennes ne cesse d'accroître son poids politique.

Je ne tombe pas non plus dans une nostalgie du retour à la terre, qu'un George Frêche et son anti parisianisme primaire (si si ça existe) ne renierait pas. Je ne suis même pas emporté par ce parfum bobo qui parcours la capitale en ces premiers jours du printemps.


Alors pourquoi cette entame tonitruante sur fond de bio?

Depuis quelques mois, je dirais même depuis l'arrivée des conseillers spéciaux de l'Elysée, la parole politique déjà soupçonnée de contribuer à la déforestation, de par sa fabrication intensive de langues en bois, paraît aujourd'hui particulièrement artificielle.

Ceci étant dit, je ne sais s'il s'agit de ma part d'une sensibilité accrue à la menuiserie politique, accentuée par une presse satirique plus prompte à en parler (je pense en particulier au petit journal de Yann Barthès et à ses reprises des discours politique), ou si l'artifice a réellement pris le pas sur le fond dans la com politique sous l'influence de messieurs Louvrier, Guéant et autres.

Ce que je sais en revanche, c'est qu'en regardant les différentes soirées électorales des deux tours, les débats d'entre deux tours et plus largement les interventions politiques ces derniers temps, il m'a semblé assister à un phénomène étrange. A droite comme à gauche les intervenants étaient pris d'un mal curieux, celui dit de « l'élément de langage ».

On s'intéresse beaucoup avec l'accroissement de la conscience écologique mondiale, aux conséquences sur notre métabolisme et sur notre environnement des techniques de production de éléments de base de notre alimentation. OGM, engrais chimiques, pesticides... autant d'artifices qui assurent une meilleure productivité, mais dont les implications à long terme sont encore mal connues. Le développement de maladies comme la vache folle et autres grippes aviaires, touchant d'abord la matière première (animale ou végétale) puis l'homme pousse nos sociétés à s'interroger sur les dangers de ces technologies.

Je sens que vous commencez à voir où je veux en venir! Poursuivons si vous le voulez bien.

Les éléments de langage font partie aujourd'hui intégrante du discours politique, si bien que souvent, leur juxtaposition remplace le développement d'une réelle argumentation.

J'ai cité messieurs Louvrier, Guéant et autres conseillers de l'Elysée plus haut, mais ça serait faire insulte à la gauche que d'imputer uniquement au parti présidentiel le recours outrancier à ces artifices dialectiques.

Comme les marketeurs offrent une nouvelle vie à un produit en refaisant son packaging et en l'estampillant « nouveau », le PS nous a ressorti la gauche plurielle, en habits de gauche solidaire. De même, sur toutes les antennes, les élus socialistes nous ont servis la même soupe en brique: un scrutin à portée nationale, un signal fort envoyé au président de la République, un vote sanction, un message des Français mécontents etc etc etc.

A droite, même cirque: avec la précision et la discipline des chœurs de l'armée Rouge, les élus UMP nous ont servi eux aussi leur cantine : métaphore ridicule du match de foot, régionalisation du scrutin, le PS qui déchirerait son programme pour s'allier à Europe Ecologie et au Front de Gauche, etc.


Un discours uniformisé dans les deux camps, avec la saveur, la spontanéité et l'authenticité d'un plat surgelé.

Nous avons assisté cette semaine à l'émergence d'une nouvelle espèce végétale, conçue de toutes pièces dans les labo-cabinets: la langue de bois, génétiquement modifiée. Encore plus efficace que la langue de bois traditionnelle, son bois possède un génome unique, inaltérable, qui résiste aux questions parasites des journalistes, aux bouleversements de l'environnement (forte abstention, défaite cinglante, montée du FN etc.), en débitant toujours le même discours à l'infini. Un vrai progrès de mes pères communicants. Il en devient même simple de connaître à l'avance le discours proposé. En témoigne cet excellent article sur Slate.fr, où l'auteur ayant parfaitement décrypté le génome de cet OGM du discours politique, nous donne un aperçu très précis de la teneur des débats à l'annonce des résultats. Et comme pour les OGM, les pesticides et tous les autres artifices de la technologie, des questions se posent quant aux effets à long terme sur l'homme et son environnement. L'abstention cette fois encore, a joué les troubles fête! C'est presque un marronnier pour la presse. Loi d'airain de la sociologie électorale, crise de la représentativité latente, crise économique, discours sécuritaire et tutti quanti, donnent une montée des extrêmes et de l'abstentionnisme.

Aux mêmes causes, les mêmes conséquences. Et pourtant durant cette campagne, nos candidats, en particulier venant de l'UMP, se sont appliqués à reprendre et ressasser sans cesse les éléments de langage dictés par leur hiérarchie à l'Elysée ou à Solférino.


La presse depuis hier -dans la foulée du trublion Yann Barthès, qui dans son petit journal a ouvert les vannes de la dérision de la com' des politiques- s'est emparée du terme « éléments de langage ».

Et des journalistes de décortiquer, d'analyser, d'expliquer la surabondance de ces éléments de langage. Le problème, c'est que cet excès d'éléments de langage, conduit à l'intoxication des électeurs qui digèrent de plus en plus mal les discours politiques. Déjà désintéressés par une politique qu'ils jugent déconnectée de leur réalité et simplement le lieu des bisbilles entre politiciens aux ambitions démesurées, les citoyens se trouve confortés dans leur méfiance.
Le danger pour notre démocratie et pour nous communicants, c'est que cette « industrialisation » et cet usage intensif des artifices dialectiques, ne polluent totalement la relation entre politiques et citoyens. A ce stade, la parole politique se verra décrédibilisée, avec le risque de voir émerger des apôtres du parler vrai, versant le plus souvent dans la démagogie et le populisme... En ce qui nous concerne, nous communicants opérant dans la politique, nous avons une responsabilité dans ce phénomène. Nous risquons en outre de voir notre profession discréditée et de participer non pas au lien et à la compréhension entre élus et citoyens (ce qui pour ma part est tout l'intérêt de notre métier) mais au contraire, au sentiment de nos concitoyens de ne pas êtres représentés par leurs élus.


Je conçois parfaitement que les besoins d'une communication politique de masse efficace nécessite de calibrer le message, mais jusqu'à une certaine mesure.

D'une communication artisanale, diffusant un message brut à cette communication « industrielle », travaillée à outrance, il existe une marge au sein de laquelle peuvent opérer les professionnels de la communication. Loin des éléments de langage, rappelant une propagande à la Orwell, loin de ce discours politique uniformisé à outrance, de cette langue de bois génétiquement modifiée, peut-être les communicants à l'Elysée et dans les partis politiques devraient retrouver une communication BIO, moins artificielle, moins uniforme, laissant la place aux aspérités de chacun de ses relais. Ainsi peut être les politiques gagneraient-ils en sincérité et en confiance aux yeux de leurs électeurs.



Par samuel rinaldo - Publié dans : Garcimoscope - Communauté : Communication publique
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