Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /Jan /2010 03:54

 


« Paroles de Français » Nicolas Sarkozy a répondu aux questions de plusieurs Français lundi soir ( 25/01/10) sur TF1. Une émission présentée par Jean-Pierre Pernaut à retrouver ici en intégralité.

Les dieux de l’agenda médiatique sont avec moi ! Pour mon premier article sur le blog, j’ai le fin du fin : « Paroles de Français », émission animée par notre JP Pernaut national, loin de ses régions et du terroir, qui donne dans l’émission politique. L’invité ? Nicolas Sarkozy. Rien de moins. D’abord interviewé par Laurence Ferrari, dans le JT de 20h, le président enchaine avec une émission de près de deux heures, où il est face à 11 Français.

Onze Français… ça tombe bien ! Non, c’est vrai. C’eût été embêtant que le Président ait à répondre des problèmes de la France devant onze étrangers. Non onze Français pour interroger le Président, ça tombe vachement bien ! Alors les mauvaises langues diront que Français en soit, ça ne constitue pas une catégorie. Mais Onze représentants de la société civile, concernés par les problématiques de la société et issus (le hasard fait bien les choses) de chacun des débats qu’on voit dans les journaux, (un panel vivant des unes de ces derniers mois : l’étudiante surdiplômée au chômage ;  le syndicaliste grande gueule, le papy retraité et émouvant qui galère, le prof, le noir des banlieues, l’infirmière qui aime son boulot même si elle galère…), c’est plus clair mais tout de suite moins vendeur.

Non 11 Français face au président de la République ça sonne quand même mieux. On se dit « haaa 11 qui vont au nom des 65 millions d’autres –j’arrondis- pouvoir dire au Président ses 4 vérités. » Ou le remercier pour son action. Du moins pour les 30% chez qui il bénéficie d’une opinion positive.  « Paroles de Français », onze en fait (souvenez-vous !) : un lieu d’expression des Français qui vont pouvoir débattre, assaillir de question Nicolas Sarkozy, le pousser dans ses retranchements, le mettre face aux contradictions des effets voulus de sa politique et de la réalité vécue au quotidien. Hé non ! Notre équipe de France sous le regard bienveillant de Jean-Pierre Domenech Pernaut, nous a fait le coup du « on était bien préparés, on savait quoi faire, mais on est passé à côté du match » (voir leurs réactions ici : http://videos.tf1.fr/infos/2010/sarkozy-apres-l-emission-les-invites-racontent-5655502.html)

La faute de l’entraîneur ? Pas si sûr !

L’émission en elle-même n’a pas su éviter les pièges que l’exercice posait : des invités disciplinés, intimidés, plus dans l’exposition de leurs problèmes personnels que dans la discussion et au final un Président dans son élément, l’idéal pour se mettre en valeur. Et parce qu’il faut prendre un peu de hauteur, on peut aussi s’interroger sur le but (réel ?) de cette émission à quelques jours de l’ouverture de la campagne des régionales. Surtout avec un Sarkozy qui tape à bras raccourcis sur les 35H. Appétissant n’est-ce pas ? Alors à table !

Le Président était en grande forme ! A la télé, dans les journaux, à la radio et même sur le net, tous s’accordent depuis longtemps sur le fait que  Nicolas Sarkozy est un enfant de la télé et un communicant des plus habiles.

A ce que j’ai vu dans cette émission, faut croire qu’ils ont raison. Autosatisfaction, proximité feinte ou sincère (selon si l’on appartient aux organisateurs ou à la police…), ultra-personnalisation de l’action politique, valeurs de la campagne de 2007 et la sempiternelle charge contre les 35h. Tout y était.  

La mise en scène du message m’intéressant plus dans le cadre de ce blog, que son contenu, je ne vais pas m’appesantir sur le programme politique exposé par Nicolas Sarkozy. En outre, nous avons assisté à une pièce burlesque, dont la mise en scène était tellement brillante qu’elle a éclipsé le texte et les seconds rôles.

Pendant ces deux heures, le président nous a expliqué trois choses : ma politique est la bonne, je ne suis pas si différent de vous et vos problèmes m’affectent intimement, et puis de toute manière… tout ça c’est de la faute des 35h !

L’émission commence avec un grand moment de bravoure de Pernaut : « est-ce que quand on est Président, on peut être encore proche des réalités quotidiennes ? » Là le Président à le sourire de l’étudiant en fac, qui tombe sur LE sujet qu’il a révisé à l’examen.

S’en suit un petit plaidoyer sur la difficulté du métier de Président de la République Française, sur l’air de « je suis un homme ordinaire placé dans une situation extraordinaire, je suis comme vous ». Si ce n’étaient les gardes du corps, vous ne verriez même pas la différence. D’ailleurs, Président, tout le monde peut le faire ! Si, si, il sous entend même dans un élan de fausse modestie presque cynique, qu’il pourrait apprendre à traire les vaches et la laitière elle, quitter ses vaches pour l’Elysée… Mais si bien sûr que c’est possible ! Puisque le Président c’est un type comme les autres, il vous l’a dit !

Il pousse le « je suis comme tout le monde » jusqu'à cette séquence désopilante où il confesse que face au comportement des banques durant la crise, lui-même est désespéré. C’est le tout petit père des peuples face aux méchants financiers, dont la cupidité le désespère, alors qu’il leur avait fait la morale. Nicolas Sarkozy, au pays de Candy…

Dans la suite de cette proximité à outrance, digne des vendeurs à la sauvette de Château d’eau ou de Barbès, le deuxième argument du discours de Sarkozy… c’est lui !

Quid des ministres, conseillers, commissions parlementaires…  « Ministres vous dites ? Mais qu’est ce que c’est ? » C’est Nicolas Sarkozy qui s’engage, qui se bat, qui s’insurge, qui ne renoncera pas, qui assume (les mots sont de lui, matraqués durant toute l’émission). « Je ne laisserais pas mourir l’agriculture Française », « Moi je veux qu’on garde des usines en France », « Je demande vraiment aux banques Françaises de faire leur travail (…) et c’est pas de jouer avec des produits financiers ».

Même si les Français ne me comprennent pas, moi je ne les abandonnerais pas ! En plus d’un homme providentiel, je suis un martyr incompris… Il est vraiment bon.

L’intérêt de la mise en avant de sa personne me semble être lié en partie aux régionales prochaines. En cristallisant l’action de son gouvernement, de son parti, sur sa propre personne, il dédouane en quelque sorte ceux de la majorité de son bilan. Vu sa côte de popularité, il ne faudrait pas que les régionales tournent au vote de confiance… Les problèmes généraux sont de sa responsabilité et il prend ses distances avec la majorité. S’il faut en vouloir à quelqu’un c’est à lui ! (bon si ça marche ça sera aussi grâce à lui… faut bien qu’il gagne quelque part !).

Un autre aspect de cette personnalisation du pouvoir, de l’incarnation de l’Etat mise en scène par Nicolas Sarkozy, c’est le retour de Sarkozy candidat en campagne.

A la réécoute de l’émission, l’idée qu’il s’agissait plus du Sarkozy en campagne que du Président, se fait de plus en plus prégnante. Il nous a ressorti en effet, le kit de campagne option valeurs et argumentation. Nous avons donc vu le retour triomphal du travailler plus pour gagner plus, le coup de la France qui ne travaille pas assez, la lutte contre l’assistanat et surtout les 35h responsables de tous les maux du monde. Le Sarkozy en campagne en somme.

Alors je me suis demandé : « mais pourquoi il tape à bras raccourcis sur les 35h ? Elle n’était pas si mal l’idée d’Aubry… » Aubry, Aubry… ça me dit quelque chose… ha ! Mais c’est la secrétaire générale du PS. Les régionales sont proches, la côte de popularité du président est au plus bas, la droite elle-même (dans la bouche de Luc Ferry notamment ) va se prendre une tôle !

Mais il l’a dit lui-même, le rôle d’un Président de la République n’est pas de s’engager dans la bataille des régionales, encore moins de dézinguer le chef de ceux en face…

Comment à la fois dézinguer Martine, garder son statut de sage qui prend du recul face au tumulte électoral, se dédouaner des difficultés que rencontre la France depuis ces 5 dernières années… SOS bouc émissaire vous propose « Les 35h ». Dans cette période où le débat sur l’identité nationale tourne au vinaigre, il vaut mieux éviter de taper sur les boucs émissaires habituels (en plus ça pourrait servir au FN, qui n’a d’ailleurs quasiment pas été mentionné dans l’émission, alors que nous sommes en plein débat sur l’identité nationale). Non les 35h c’est parfait, il y a une sorte de consensus à droite, chez certains hommes de gauche, les médias et chez une partie de la population, sur le fait qu’il faille taper sur les 35h. Alors tapons sur les 35h !
Je reviendrai dans un autre article sur l'organisation de l'émission en elle même, la prestation de Pernaut et des eleven great autour du Président!

 


Par samuel rinaldo - Publié dans : Garcimoscope
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