Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /Fév /2010 19:56

Il fallait s’y attendre, malgré la clôture du débat sur l’identité nationale, l’on ressent encore les répliques du frisson xénophobe, islamophobe  et raciste qu’il a provoqué.


Les exemples se multiplient dans l’actualité : passés les dérapages répétés des membres du gouvernement et de la majorité, les foires populaires dans les préfectures où chacun a pu se lâcher et faire honneur à notre grande tradition française de xénophobie, c’est aujourd’hui le FN qui souffle sur les braises qu’un Besson en pompier pyromane a tenté d’étouffer.

L’affaire du jour ? L’expérience réalisée par Quick, de proposer des sandwiches « Hallal » dans 8 de ces magasins, afin d’en tester la pertinence commerciale. Il s’agit donc purement et simplement d’un coup de marketing, une tentative pour Quick de gagner des parts, sur le marché du « Hallal » florissant ces derniers mois ! Mais en France, il suffit de prononcer quelque mot à consonance arabe pour faire trembler dans les chaumières.

Que le FN, en la personne de Marine Le Pen fasse sont travail d’agitateur de xénophobie, de démagogie  et autre talents de l’extrême droite, soit. C’est leur créneau, on sait qui ils sont et depuis le 21 avril, on pourrait être presque sûrs de l’impossibilité de voir un jour ces gens au pouvoir.

Ce que nous révèlent le débat sur l’identité nationale et suites, c’est que la claque du 21 avril n’en était pas une. On a crié au vote irresponsable des ouvriers, on a disserté sur le dangereux populisme du FN (voire notamment les excellents travaux d’Annie Collovald : le populisme du FN, un dangereux contresens), on a s’est rassuré en se disant que c’était une question  de conjoncture… mauvaise campagne de Jospin, crise semble-t-il indépassable de la représentativité etc.

Mais ce débat et le climat nauséabond qui règne en ce moment, nous montrent que dès que l’on gratte un peu la couche de convention sociale (le racisme c’est pas beau, la xénophobie ça fait beauf et tutti quanti), dés que l’on déculpabilise cette parole xénophobe, dés qu’on lui donne un cadre presque légitime (quoi de plus légitime qu’un débat proposé par l’Etat, par le ministre de l’immigration et de l’identité nationale), cette parole, décomplexée, s’exprime…


La stupeur d’un Le Pen au deuxième tour n’était pas due à une incompréhension quant au résultat. Ce n’est pas d’un Le Pen au deuxième tour dont nous avons eu peur…  c’est du qu’en dira t’on !

Aux yeux du monde, à ses propres yeux, le pays des droits de l’homme, celui de la Résistance au Nazisme, se révélait être aussi celui de la collaboration, traversé par un courant interne, caché, discret, presque étouffé de xénophobie. Notre sur-moi collectif s’était fissuré et avait laissé filtré un peu de notre çà, un peu de notre inconscient … et c’était pas beau à voir. Alors à gauche comme à droite, citoyens de tous bords, nous nous sommes dressés pour dire au monde et à nous-mêmes que cette France là, ce n’était pas nous.  Chacun y est allé de son grand discours, de son analyse, tout ça pour se convaincre que ce n’était qu’un accident de parcours, une erreur de jeunesse.  Et depuis on a fait comme si cela n’avait jamais existé. Bon de temps en temps, pour éviter que l’on cède sous nos pulsions, chacun y allait de son cliché, des ses préjugés sur telle ou telle population. Dans la presse, à la télé, chez nos politiques… rien de bien méchant. Un Valls qui veut voir moins de Black à l’écran, Nelson Monfort et ses « maladresses » habituelles, qui font sourire, Hortefeu et ses Auvergnats, j’en passe et des meilleures.  Autant de soupapes de sécurité, pour évacuer nos pulsions,  sous forme de racisme ordinaire, de xénophobie mondaine. Dans ces cas, c’est de l’humour, une petite boutade, « mais qu’est-ce que vous être susceptibles vous les (n’importe quelle minorité fait l’affaire)…  Et puis le souvenir de la Shoa n’étant jamais bien loin, on s’interdit de taper sur les Juifs…  mais on ne manque pas de minorités ! Heureusement !

Et puis, il y a eu d’abord le ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Première étape de légitimation du lien entre immigration et identité nationale. Premier sous entendu que l’immigration serait une menace pour notre identité. Ces vagues d’immigrés, d’étrangers, de métèques qui viennent saper les fondements de notre belle nation. Dans un contexte de mondialisation, où les attaques du modèle culturel et économique dominant nous poussent au repli sur soi, on voit refleurir en partout en Europe les partis d’extrême droite. En parallèle, les conséquences du 11 septembre et la méfiance épidermique des nations occidentales envers l’Islam qui en découle sont encore très présentes dans nos sociétés. L’Islam a cristallisé depuis les attentats, la peur ancestrale du métèque en France, muant ainsi notre xénophobie traditionnelle en islamophobie conjoncturelle. Comme l’antisémitisme avait été l’expression de cette xénophobie aux heures sombres de notre histoire.

Il ne fallait rien de plus pour que le débat sur l’identité nationale de Mr Besson donne les résultats que nous connaissons.

L’affaire Quick, puisque c’est ce qui m’a amené à écrire cet article, témoigne de cette islamophobie, parent pauvre de la xénophobie. Il n’y a rien ici qui témoigne d’une quelconque menace contre notre identité. Sinon  l’acceptation de l’Islam comme deuxième religion en France. Le plus fascinant, c’est que c’est l’économie, le marché qui porte peut être une forme d’intégration de la culture musulmane dans notre société.

Le plus troublant dans ces affaires, Quick, Burqa et autres, c’est la quasi unanimité de notre personnel politique de droite comme de gauche pour dénoncer une islamisation de la société.

 

On se pare de grandes valeurs pour maquiller la réalité. Quelque en soient les raisons (calcul politique, adhésion à ces thèses xénophobes, populisme ou démagogie, peut être même le tout en même temps), il est inquiétant de voir que nos représentants, que ceux qui portent la voix du peuple mais qui doivent aussi l’éclairer au nom de l’intérêt général, il est inquiétant de voir que ces élus de la République véhiculent et défendent ces idées. Ou pire, luttent mollement contre cette montée nationale, européenne, du racisme et de la xénophobie.

Il semble alors que Marianne ait prit goût à la chair de la bête immonde (qui monte qui monte…) pas étonnant qu’elle ait l’haleine nauséabonde…

Ha avant de partir, je vous invite à lire l'excellent éditorial du directeur de la Rédaction du Nouvel Obs, Claude Weill.

Par samuel rinaldo - Publié dans : Garcimoscope
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