Partager l'article ! Démystifier les notions (II) : La révolution du « Cinquième pouvoir » n’aura pas lieu: Autre notion à déconstruire, l’idée de l’app ...
Blog politique : Garcimore
Autre notion à déconstruire, l’idée de l’apparition d’une nouvelle sphère publique sur le net mérite d’être discutée. Les futurologues et autres tenants du village planétaire ont avancé l’idée d’une cyberdémocratie qui révolutionnerait la démocratie traditionnelle. L’ouvrage de Thierry Crouset, « le Cinquième Pouvoir », incarné par un netoyen (contraction de citoyen et d’internaute) défini par John Perry Barlow, qui viendrait faire contrepoids aux pouvoirs politiques et médiatiques soupçonné de collusions relève de l’utopie. Une sociologie des internautes et en particulier des usagers des blogs et réseaux sociaux permet de critiquer efficacement cette thèse. En effet, le netoyen est présenté comme un acteur hyper rationnel affranchi des influences médiatiques et disposant d’une liberté de parole accrue par l’accessibilité et l’audience de l’internet. Il convient de réfuter cette hypothèse au regard de la réalité sociologique de ce public. L’internaute n’est pas un acteur rationnel, créé ex nihilo par l’apparition du web. De fait la sphère publique virtuelle n’est en rien une nouvelle sphère publique indépendante de la sphère publique réelle. Il s’agit plutôt d’une continuité de la seconde. En effet, l’internaute est soumis aux mêmes influences sociologiques et culturelles que le citoyen lambda. Sa rationalité n’est pas accrue par la relative liberté de parole dont il bénéficie par l’intermédiaire de son clavier. La blogosphère et les réseaux sociaux sont les reflets fidèles de la société. On y retrouve les mêmes clivages sociologiques : l’internaute concerné par la politique répond aux mêmes caractéristiques que le citoyen politisé dans la sphère réelle. Généralement issu de catégories socioprofessionnelles supérieures, il a une culture politique et a évolué dans un univers lui-même politisé (cercle familial, environnement scolaire et/ou professionnel) … Le cens caché décrit par D. Gaxie ne disparait donc pas par la simple magie de la toile.
Dans notre précédente étude sur la sociologie de la blogopole, nous avions par ailleurs isolé des comportements qui viennent contredire cette idée d’universalisme et de « super-citoyen » que véhicule ce courant de pensée. D’une part les blogueurs politiques militants n’ont pas remplacé le tract ou l’engagement politique par le blogging, mais l’utilise en complément de leur engagement. D’autre part, à l’instar du militantisme « classique », le blogueur est à la recherche de rétributions symboliques : reconnaissance de son engagement, de la valeur de ses idées, liberté de ton par rapport au parti… Le blogging n’est donc pas une activité purement citoyenne dénuée de calculs stratégiques à fin de promotion personnelle.
L’accessibilité à l’internet est un autre argument contre cette idée. L’universalité de ce cinquième pouvoir, créant un village planétaire, un réseau de citoyen connectés par internet et délivrant (« enfin » !) la « vraie » parole du peuple face au puissant ne tient pas la route face à l’analyse de l’accès réel à l’internet.
Une étude de l’ARCEP réalisée en 2007 nous éclaire sur le nombre de Français ayant accès à l’internet.
En 2007 13,5 millions de Français sont connectés au haut débit. Soit environ un sixième de la population.
Fin 2009, ils sont 19,145 millions... soit plus de 5,5 millions de Français de plus, connectés en moins de trois ans. (l'Etude ARCEP 2010 c'est ici!)
Si ce chiffre démontre une démocratisation de l’accès à l’internet et donc le passage d’un public « jeune urbain et aisé » vers un public plus large, il n’en demeure pas moins qu’un grand nombre de villes et villages ne sont pas encore reliés au réseau. Sans parler de l’inégalité d’accès en termes de vitesse de connexion et de coûts.
Dans le cadre de la démocratie locale, de plus en plus d’élus locaux se dotent personnellement ou au niveau de leur institution d’un site, d’un blog ou d’une présence sur les réseaux sociaux. Toutefois, si leur audience n’est pas mesurée de façon précise, on peut imaginer qu’elle reste relative aux éléments que nous avons précisés dans notre démonstration. Outils de communication, blogs et réseaux sociaux suscitent les mêmes appréhensions que les outils classiques. Cela couplé à la sociologie des internautes, l’on peut s’interroger sur l’intérêt pour les élus locaux d’être présents sur la toile.
Au Etats-Unis, en Corée du Sud, il y a des formes de militantisme net et d'organisation par le net de mouvements citoyens assez impressionnants.
Du "non" à la campagne d'Obama, il y a une vraie explosion de cet intérêt en France, mais bof, quand tu vois que l'objectif de la cellulle net des JUMP c'est d'obtenir le plus de fans de Sarkozy sur Facebook, c'est rigolo...
Effectivement il n'y a pas de pur militantisme net mais qui d'autres y croyaient a part Crouzet?
Par contre les possibilités du community organizing par le net sont incroyables.
Ensuite tu as raison, aux USA ou en Corée, c'est vrai que l'internet politique est plus développé. Mais je m'attache comme mon sujet le précise à l'internet Français. Au mieux, à propos des Etats Unis, je m'attacherai à décrypter l'influence de l'internet là bas, sur nos pratiques ici.
Tu as raison encore quand tu parles de la structure verticale de l'information et de la communication politique sur le web français. C'est ce que je m'attache à montrer dans un autre article. Les politiques Français, semblent à priori faire du web un nouvel outil dans leur communication classique, et non pas un vecteur pour une communication renouvelée.
Quant aux jeunes de l'ump sur le web...
En tout cas merci d'être passé sur le blog. N'hésite pas à revenir, quitte à y importer nos prises de bec intellectuelles régulières...
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