Partager l'article ! Blogs et réseaux sociaux : les élus veulent s’affranchir des canaux traditionnels de communication (II): Sincérité n’exclu pas habilet ...
Blog politique : Garcimore
La netiquette (net et étiquette), c'est-à-dire l’éthique à avoir sur le net impose un cadre précis d’expression sur le web. Le spam (publicité intrusive par mail), discours trop formatés, considérés comme stalinisant, sont proscrits. Une trop grande formalité ne cadrerait pas non plus avec le public de ces sites. Le ton d’un homme politique sur son blog se doit d’être moins formel, voire détendu. Il y a un « parler internet ». Des expressions, une manière d’écrire, sans lesquelles il y a un risque pour l’homme politique de rompre le contact avec les lecteurs de son blog. Sans tomber dans une forme de jeunisme absolu, il y a un nécessaire parler jeune sur la toile. Il faut être simple dans son argumentation, préférer les débats d’opinion aux sujets pointus. On trouvera plus souvent sur un blog d’homme politique des messages sur le nécessaire engagement de chacun, des messages de solidarité avec telle ou telle cause, des sujets de société, qu’une étude approfondie des politiques fiscales à destination des viticulteurs en Bourgogne…
De plus, les règles de rédaction sur le web visant à faciliter la lecture, mises en lumières notamment grâce aux techniques d’eye tracking, formatent les messages sur les blogs. Courts, incisifs, percutants, ainsi doivent être les textes sur les blogs, sinon ils risquent de lasser rapidement le lecteur.
Les réseaux sociaux n’échappent pas à ces règles. Sur Twitter, il s’agit d’exprimer en 140 signes maximum son idée. Autant dire que ce n’est pas le lieu des longs discours approfondis. Outre les 420 signes qu'offre Facebook, le réseau permet aussi la publication d’articles. Si le nombre de caractères n’est pas limité, un texte qui dépasserait l’affichage immédiat à l’écran, c'est-à-dire demandant de « scroller » (faire défiler l’écran avec la molette de la souris) serait contre productif. Enfin, sur internet, une bonne vidéo vaut mieux qu’un long discours. Sur les blogs, Facebook, ou des plateformes telles Youtube ou Dailymotion, la vidéo devenue par extension podcast (du fait du format permettant leur lecture sur Ipod), est l’outil roi de la communication en ligne. Interview, petit documentaire, clip de campagne, film, parodie, satire… tous les genres sont bienvenus. Une seule exigence, ne pas dépasser une certaine durée (le plus souvent entre 5 et 7 minutes), pour capter l’attention du destinataire. Les vidéos se répandent sur la toile comme une mauvaise humeur. Grâce aux systèmes de trackbacks, de flux RSS permettant de suivre l’actualité des sites favoris, mais aussi aux services de partage immédiat qu’offre les plateformes entre elles (une vidéo sur youtube peut être « publiée » sur facebook en un clic), l’audience s’en trouve considérablement multipliée. En diffusant une vidéo sur son profil facebook on permet à ses contacts de la visualiser et de la partager à leur tour… Si la vidéo connait un succès suffisant, les chances d’être reprise par les médias classiques s’en trouvent accrues. C’est le phénomène de « buzz ». Faire le buzz sur la toile est en soit une stratégie de communication qui demande une bonne connaissance des pratiques sur la toile. Le message de l’homme politique sur la toile n’est donc pas seulement spontané, transparent, informel, mais fait bien appel à un certain nombre de compétences et techniques. Nous sommes loin de la spontanéité et de la proximité censées être incarnées par l’internet.
Enfin, si ces outils semblent permettre à l’homme politique de s’affranchir des médias dans leur rapport avec les électeurs, ils lui permettent surtout, grâce au buzz que son message peut générer, d’être repris dans les médias et d’exister ainsi au sein de l’agenda médiatique.
Une bonne campagne de communication sur la toile voit son succès confirmé et renforcé lorsqu’elle est reprise par la télévision, média populaire s’il en est. Le fameux couple politique/médias se reforme. Les journalistes ne peuvent pas ignorer une actualité sur la toile du moment qu’elle a généré un buzz suffisant, et l’élu qui parait souhaiter s’affranchir des médias pour s’adresser directement à ses électeurs, voit son message trouver un public plus large. La boucle est bouclée.
Internet et en particulier les blogs et les réseaux sociaux (qui vont généralement de paire), sont devenus une sorte d’outil ressenti comme incontournable dans la gestion de l’image des politiques. L’émulation autour de ces outils les rend plus indispensables que leur réelle efficacité.
Derrière ce trait d’humour, ce cache une réalité concernant l’usage des blogs et des facebook pour beaucoup d’hommes politiques, en particulier ceux qui sont moins familiers de cette technologie.
Lors de notre expérience en mairie, nous avons été confrontés directement à ce cas de figure.
Le maire, jeune, a comme tout le monde entendu parler des blogs et autres Facebook, sans pour autant savoir comment ça fonctionne ou de quoi il s’agit. Mais dans la mesure où d’autres élus locaux étaient présents sur la toile, sa présence en devenait indispensable.
Le fait est que si une poignée de représentants politiques disposent d’un blog régulièrement mis à jour, d’un réseau social virtuel fourni, beaucoup considèrent ces outils comme un « must have ». Ils ne savent pas trop quoi en faire, mais il leur faut être présent. Le blog devient un peu ce qu’est le baccalauréat aujourd’hui : ne pas l’avoir est handicapant pour l’avenir, mais l’avoir ne garanti en rien le succès dans le futur. On l’a, parce qu’il vaut l’avoir que le contraire.
Au-delà de cette analyse au premier degré, en approfondissant, on observe que l’homme politique bloggeur, présent sur facebook etc., devient un homme en accord avec son temps, moderne, rajeunit, bref en accord avec l’évolution de la société.
Ces a prioris sont en léger décalage avec la sociologie des utilisateurs de l’internet. Comme nous l’avons expliqué auparavant, le public concerné par les blogs et réseaux sociaux des politiques est en réalité plus restreint que ce que l’on veut bien penser. Nous sommes dans le domaine du symbolique, de la représentation de ce que doit être un homme politique et des ressources dont il se doit de disposer pour être crédible sur la scène publique.
C’est ainsi que beaucoup d’élus locaux créent leurs blogs et les abandonnent au fil du temps. Avoir un blog apparait comme étant en soit un acte de communication, alors qu’il n’en est que le vecteur. Or et c’est là où se niche le danger pour le politique, les internautes ne sont pas dupes et font très vite le tri entre ceux qui voient sincèrement le web comme un outil nouveau de communication et ceux qui le voient comme un coup de com de plus.
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