Partager l'article ! Blogs et réseaux sociaux : les élus veulent s’affranchir des canaux traditionnels de communication (I): Une réponse possibl ...
Blog politique : Garcimore
Nos démocraties occidentales sont confrontées, et ce n’est pas un phénomène nouveau, à une crise de la représentativité. Cela se traduit par une baisse du militantisme, de l’adhésion aux partis politiques et aux syndicats, à une montée croissante de l’abstentionnisme et de façon plus générale à un décalage entre les hommes politiques et les citoyens qu’ils représentent. C’est presque devenu un topos de la sociologie politique. La nouveauté dans ce débat, c’est la participation croissante des élus aux réseaux sociaux et autres blogs. L’usage de ces outils de communication apparait comme un palliatif à cette crise de la représentation. Proximité, instantanéité, liberté de ton sont les caractéristiques de l’internet qui séduisent les hommes politiques. On retrouve là cette idée très présente dans l’imaginaire collectif, d’un internet constituant un média alternatif permettant de s’affranchir des canaux classiques de communication (presse, meetings, rencontres sur le terrain avec les citoyens, etc.)
Ces exercices classiques de la vie politique, sont par le jeu des règles médiatiques et stratégiques devenus très normés. Le politique s’exprimant dans les médias (audiovisuel et presse écrite) doit se soumettre aux règles de ces outils. Il use d’un langage prédéfini, fait usage des ressorts de l’entertainement pour mettre en valeur sa personne, son parti, ses positions. Déclarations chocs et « petites phrases » foisonnent dans les débats et interviews. Le citoyen reçoit donc un message normé, ciselé qui tend à une uniformisation du discours politique, qualifié dès lors de « langue de bois », de politique spectacle etc. La sincérité des hommes politiques et leur proximité avec le public sont mises à mal. L’usage des blogs et des réseaux sociaux réintroduisent une forme d’authenticité dans le rapport des représentants avec leurs électeurs.
Le blog, héritier de la « page perso » des débuts de l’internet, offre au politique un espace de parole indépendant des logiques médiatiques et du discours du parti. Ici, le politique fait preuve d’une liberté de parole (feinte ou sincère), d’une disponibilité qui détonne avec la communication politique usuelle. Le blog offre un espace de dialogue direct avec le citoyen qui peut interagir directement avec son représentant, réagir sur sa politique, ses prises de positions et permet à l’élu de répondre directement au citoyen. Cet échange, quasi instantané, présenté comme transparent serait effectivement impossible lors des meetings, conférences de presse et autres débats télévisés.
A l’échelle locale, à l’inverse du national, l’élu parait appartenir à ses électeurs. Maire, conseiller général ou régional, député sont directement impliqués dans la vie de leur localité. L’élection locale, en particulier l’élection municipale, favorise la personnification du pouvoir. Le candidat est élu sur la base de sa notoriété, de sa personnalité, de ses idées, plus que selon des logiques partisanes. En ce sens, l’élu local jouit de ce fait d’une forte proximité avec son électorat. Les liens informels entre élus et citoyens renforcent par ailleurs se sentiment d’attachement et d’appartenance de l’élu à ses électeurs. De ce fait, pour entretenir ce lien avec sa base, il est important pour l’homme politique local d’entretenir ce sentiment. Dans cette situation, il apparait d’autant plus redevable de son élection que les représentants nationaux.
Le cas des députés est particulièrement intéressant. Elus locaux, parce que représentants de leur circonscription, ils ont une mission nationale. Les batailles politiques à l’assemblée, les phénomènes de starisation des députés relayés par les médias, sont ressentis comme des épiphénomènes du microcosme parisien et médiatique. La dimension nationale des sujets débattus, l’aura nationale dont bénéficient les députés après une passe d’armes à l’assemblée, les coupent peu à peu de leur électorat local. Ils peuvent apparaitre comme déconnectés de la réalité de leur circonscription et plus intéressés par les lumières parisiennes que par les problèmes de leur électorat local. L’usage du blog apparait comme le moyen de rester en lien avec leur base. On utilise la presse nationale pour défendre ses positions et se promouvoir pour faire partie de la petite centaine d’hommes politiques ayant droit de cité dans l’agenda médiatique, mais on soigne son électorat local, en ajoutant aux coutumes communicationnelles classiques, l’usage d’un blog ou d’un réseau social consacré exclusivement à sa circonscription.
Une autre des qualités des ces outils, pour les hommes politiques craignant un décrochage avec leur électorat, c’est la possibilité de mesurer le nombre de sympathisants déclarés et d’élargir son réseau.
Au nombre de commentaires sur ses posts, ou « d’amis » sur Facebook, un homme politique peut se prévaloir d’un nombre plus ou moins grand de sympathisants sur la toile. Si ce public ne constitue bien sûr qu’un échantillon de ses soutiens, il lui permet par la dynamique de réseau d’accroitre la portée de son message sur le net.
Enfin, l’instantanéité et le caractère peu formel de réseaux comme Facebook ou Twitter (pour ne mentionner que les plus populaires), offrent à l’homme politique de s’exprimer « en temps réel » sur l’actualité et surtout son actualité. Le message se veut brut, c'est-à-dire pas formaté aux exigences de la communication par les médias classiques.
C’est une forme de démocratie directe qui se met en place, où politiques et citoyens se passent des institutions dans leurs rapports et sont en interaction directe.
Toutefois, derrière cette image sans doute d’Epinal de la communication via internet, se cachent des motivations plus stratégiques, où la communication politique en tant que discipline structurant le message des hommes politique intervient.
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